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LES CHERCHEURS

La danse existe entre nos corps.

Depuis 2010 " les chercheurs de Djalma" développent un travail d'improvisation autour de la notion de choeur. Leur démarche met en question trois frontières : corps / objet, individu / groupe, rêve / quotidien.
De leurs expériences dansées, qui sont d'abord une méthode d'écoute, émerge le "corps commun".
De l'individu naît une action collective en transformation permanente.


Un geste simple, un déplacement démultiplié et inscrit dans un lieu. Le groupe constitue et transforme un espace. Le groupe évoque la force de la communauté et notre besoin humain d'union, de recueillement, de soutien, de réponse, de partage. Le groupe s'écarte pour laisser place à l'individu et se rapproche pour écouter sa voix. Puis les individus cèdent leurs places aux formes organiques ; ensemble ils deviennent marée, rocher, dune, bosquet. Est-ce en lien avec le rituel, notion complètement déplacée dans notre société moderne ?...notre besoin refoulé d'y participer, d'en être témoin ?...de construire un imaginaire commun ?

A présent, " les chercheurs de Djalma" mettent leur pratique à l'épreuve sous forme de migrations dans l’espace public. C’est un jeu qui couvre du territoire, qui se déplace en continu. Par effraction poétique cette nuée humaine amène l’habitant à vivre sa ville autrement. En 2015, Les Chercheurs participent à la performance des plasticiens CP et LP, Skêné (aux parages de l'Oedipe à Colone de Sophocle). Ce cheminement d'actions et de paroles se passent dans l'espace urbain de Reims.  

Ephia Gburek: 

Dans ma pratique et dans mon enseignement qui ont démarré en 2002, j'élabore une écoute corporelle. La danse se révèle comme un jeu entre le corps en mouvement et la conscience et les perceptions en expansion. C'est une opportunité pour devenir « autre». Laisser naître une posture, une action, issue de l’écoute de l’instant. Se confondre avec la matière. Changer d’échelle. Perdre ses repères humains. Cette confusion entre la matière (fumée, avalanche, vrombissement de machine, caoutchouc) et mon être m'ont guidé vers des pas de danse bien étranges, me suggérant une « marionnettisation » du corps humain.

En arrivant en France en 2006,  j'ai côtoyé le milieu de la marionnette. Je commençais à ressentir à travers des objets (cuillère, table, valise, manteau), comme une prothèse. Je souhaitais entrer dans leurs expériences. Je leur prêtais ma peau, mes yeux, mes oreilles. Devenus des extensions métaphoriques de mon corps, ils me prêtaient leur poésie. Quel joie de faire danser ce corps hybride, mi objet, mi-humain ! Et ce type d’écoute par l’intermédiaire de l'objet me rappelait de nouveau quelque chose d’important (peut-être perdu durant l'enfance), me faisant prononcer de nouveau le mot « empathie »…c’était ça entrer dans l’expérience de l’objet, de ressentir à travers le corps de l'autre.

dsc_4389Depuis 2010, sans lâcher les fils de ce parcours, je cherche maintenant de plus en plus de liens avec d'autres corps humains : un corps collectif qui se déploie en improvisation. On peut trouver des modèles en regardant de joyeux rassemblements d’hirondelles, en imaginant le choeur antique avec le départ de son coryphée, en admirant les flammes d'un feu. L'envie de cette union s'est révélée par moment pendant mon échauffement collectif, le même que je donne depuis le début de mon enseignement : un groupe en cercle ; un miroir multi-face qui entre en écoute, qui respire, qui remue, qui crée des liens. Cet échauffement amène des moments étranges, des bouffées de chaleurs, des envolées d’énergie, des choses imprévues, des métamorphoses sans préméditation. Je poursuis ce phénomène plus grand que moi, qui existe dans la foule, qui existe dans la nature.

 

Rendons possible, sans chorégraphe, les déplacements de masse, les mutations de nuées, les éclats chaotiques qui se canalisent en formes géométriques, les architectures émotionnelles, les frictions et résolutions entre l'individu et le groupe. C'est toujours une entrée en présence (en écoute) qui permet cet espace collectif. Révéler et préserver la capacité de chaque personne à guider est impératif. Comment être au service du corps commun avec un désir personnel qui reste présent à l’intérieur d’une impulsion collective ? Comment soutenir la proposition de l’autre jusqu’au bout ? Comment voyager ensemble ? La danse existe entre nos corps. »

En 2010, je fonde Les Chercheurs de Djalma : un groupe composé d'une dizaine de danseurs qui explore les frontières entre l'individu et le groupe, le corps et l'objet, le rêve et le quotidien. Le travail s'appuie sur l'ouvrage poétique Paroi de Guillevic. Les membres du laboratoire durant cette période sont Amandine Dorel, Leo Poncelet, Riikka Koosola, Johanna Lemarchand, Marie Papon, Cindy Rudel, Gregory Dubois, David Bougnot et Bérengère Valour. Cette première étape se termine en 2011 par une résidence à l'Essaim de Julie (Saint Julien Molin Molette, 42). Le travail à ce moment-là n'est pas un travail de création mais de recherche fondamentale. La poésie de Guillevic se confrontent des corps qui font résonner les métaphores de sa poésie en situation de jeu.


En 2012 le groupe se reforme avec une nouvelle équipe (Antoine Carle, Amandine Dorel, Jessika Schmidt, Cindy Rudel, Gregory Dubois, Benoit Cancoin, Sophie Jegou, Audrey Hoch) pour des sessions de travail d'une semaine tous les trois mois. Notre jeu se focalise sur l'improvisation en groupe, sur la danse de choeur, de masses qui se déplacent, sur la notion de « corps commun ». Notre « corps commun » rencontre les installations sonores de Will Menter. Nous prenons inspiration sur ses sculptures. Deux corps coexistent : le corps du groupe et le corps de la sculpture qui devient notre « paroi » incarné dans l'espace. Nos explorations se déroulent à L'essaim de Julie et à L’opéra Théâtre de Saint Étienne.
En 2013 et 2014, le rythme des résidences de cinq jours tous les trois mois se poursuit à L’opéra Théâtre de Saint Étienne. La comédienne Emilie Weiss attire l'attention du groupe sur le lien entre l'action dansée et le texte adressé. Les notions de choeur antique et de son coryphée sont abordées. Elle nous initie à une pièce de Samuel Becket : Quad. 
 


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photos: Wilfried Leproust